← Retour aux articles
L'art d'être seule
carrie

Aujourd’hui, je suis seule dans mon appartement. J’ai bu mon thé, fumé, mangé deux ou trois chips… et maintenant, je m’ennuie.

Alors je me suis demandé : qu’est-ce que je pourrais bien faire ?

J’ai regardé ma série (And Just Like That), mais je n’étais pas vraiment dedans. J’ai pensé à sortir, à voir quelqu’un, mais je n’ai pas particulièrement envie de voir du monde. Et pourtant, si on me proposait quelque chose, j’accepterais sûrement. C’est assez étrange : j’aime être seule, mais j’aime surtout être seule quand j’ai quelque chose à faire.

Quand je n’ai rien de prévu, quand je ne travaille pas, quand je n’ai pas cours et qu’il n’y a personne autour de moi, je me retrouve face à une chose que j’ai beaucoup de mal à supporter : le vide.

Et surtout, le vide laisse de la place aux pensées.

Quand je suis seule sans rien à faire, ma tête se remplit. Alors je cherche immédiatement quelque chose pour l’occuper. Une série, une vidéo, les réseaux sociaux, un article à écrire, n’importe quoi. Comme si je devais absolument remplir chaque minute de ma journée pour ne pas avoir à rester seule avec mes pensées.

Et aujourd’hui, je me suis dit : pourquoi ?

Pourquoi est-ce que je culpabilise autant de ne rien faire ?

Pourquoi est-ce que j’ai l’impression qu’un moment passé à regarder le plafond, écouter de la musique ou simplement être là est un moment perdu ?

Je crois qu’on vit dans une société qui nous apprend constamment à être productifs. Il faut travailler, étudier, sortir, faire du sport, voir ses amis, avoir des projets, avancer, apprendre, créer. Même nos moments de repos semblent devoir avoir une utilité.

On ne se repose plus simplement parce qu’on est fatigué : on « optimise » son repos.

Et forcément, quand on se retrouve seul, sans rien de prévu, il peut être difficile de ne pas avoir l’impression de perdre son temps.

Pourtant, s’ennuyer est quelque chose de complètement normal.

C’est même peut-être quelque chose qu’on a oublié de faire.

Je pourrais me démaquiller, me changer, faire à manger, ranger mon appartement. Je pourrais trouver mille petites choses à faire pour avoir l’impression que ma journée avance. Mais, au fond, pourquoi est-ce que je me force à remplir ce temps ?

Peut-être que, pour une fois, je pourrais simplement rester là.

Mettre de la musique et regarder le plafond.

Ne rien produire. Ne rien accomplir. Ne rien cocher sur une liste.

Juste être avec moi-même.

Et c’est probablement ça qui me dérange le plus : être seule avec moi-même signifie aussi être seule avec mes pensées. Et parfois, j’ai envie d’y échapper.

Alors j’écris.

Ce papier est peut-être lui aussi un échappatoire. Je suis en train d’écrire sur le fait de ne rien faire… tout en faisant quelque chose pour ne pas m’ennuyer. C’est assez paradoxal.

Mais peut-être que c’est aussi une façon de comprendre ce que je ressens.

J’aime être seule. J’aime mes moments seule, mes séries, mes livres, mes petites habitudes, mon appartement. Mais j’aime être seule lorsque ma solitude est remplie. Lorsque j’ai quelque chose à regarder, à écrire, à cuisiner, à écouter.

Être seule sans avoir quelque chose à faire, c’est différent.

Et peut-être que cette semaine sans cours et sans travail est justement l’occasion d’apprendre à supporter ça. À ne pas chercher immédiatement quelque chose pour remplir le silence. À accepter qu’une journée puisse être un peu vide.

Parce qu’une journée vide n’est pas forcément une mauvaise journée.

Ne rien faire n’est pas forcément de la paresse. Ne pas être productif n’est pas forcément échouer. Et s’ennuyer ne signifie pas nécessairement qu’il faut trouver quelque chose à faire.

Parfois, on peut juste être là.

Avec soi-même.

Avec ses pensées.

Avec le temps qui passe.

Et peut-être qu’apprendre à s’ennuyer, c’est aussi apprendre à être en paix avec soi-même.

Je vous avoue que je suis encore loin d’avoir assimilé tout ça. Je suis littéralement en train de m’auto-persuader en écrivant ces lignes. Mais je sais aussi que c’est vrai.

Le plus compliqué, finalement, ce n’est peut-être pas de comprendre qu’on a le droit de ne rien faire.

C’est de réussir à le faire.

Alors aujourd’hui, je vais peut-être simplement laisser passer un peu de temps.

Sans chercher à le remplir.

Et si vous êtes, vous aussi, seuls chez vous avec cette étrange sensation de devoir absolument trouver quelque chose à faire : peut-être que vous avez simplement le droit de vous ennuyer.

Et que, finalement, c’est OK.

By Inès <3

Commentaires

  1. C'est tellement vrai! Parfois j'ai l'impression qu'on α plus l'habitude d'être seuls sans aucune distraction.. Super article!

    RépondreSupprimer
  2. Super tes reflexions. J'adore être seule aussi mais parce que je ne le suis jamais ! Entre les enfants et mon conjoint j'arrive à avoir des moments seuls mais parfois ce n'est pas assez..J'ai envie de me retrouver avec moi même pour avoir le temps de me poser, penser, apprécier ma propre companie. Comme tu dis pas facile dans une société où on prône le Faire plutôt que l'Etre. Il faut trouver ce qui nous convient, sans avoir la culpabilité de n'avoir rien fait, notre corps/cerveau c'est pas fait pour être stimulé sans arrêt, donc faisons une pause de temps en temps...Bises

    RépondreSupprimer