Mes cheveux bouclés : du rejet à la fierté
My dear girls ̑̑❀
Aujourd'hui, je vais parler d'un sujet qui nous touche, pour la plupart d'entre nous : les cheveux texturés et leur acceptation.
En effet, entre 45 et 50 % de la population mondiale a des cheveux qui ne sont pas raides. Pourtant, on constate que ces dernières décennies, les cheveux raides ont été considérés comme la norme, tandis que les cheveux texturés étaient traités comme une sorte "d'exception anormale".
Du rejet à la révélation 🌸
Je me souviens que j'ai eu beaucoup de mal à accepter mes cheveux bouclés pendant une période, surtout au collège. Je me souviens encore de la joie que j'ai ressentie quand j'ai reçu mon premier lisseur. Pour moi, c'était la révolution, parce que je savais que j'allais pouvoir renier mes cheveux bouclés (oui le mot est fort mais c'est réellement ce que je ressentais) et ne plus jamais devoir affronter les remarques du type : « T'as un Pokémon dans les cheveux » ou encore « C'est quoi cette touffe ? ». Parce que non seulement je n'aimais pas mes cheveux bouclés, mais en plus je n'avais même pas l'occasion de les apprécier car je ne savais pas m'en occuper, et j'avais l'impression qu'à cette époque pas grand monde avait cette capacité.
Avec le temps, j'ai compris que ce sentiment de honte et cette pression sociale n'étaient pas anodins. Après m'être documentée sur le sujet, j'ai appris de l'auteure Tanisha C. Ford, dans son ouvrage Liberated Threads: Black Women, Style, and the Global Politics of Soul, que les cheveux texturés ont historiquement été stigmatisés et associés à un manque de professionnalisme ou de propreté, il s'agit d'une construction raciste qui pèse encore inconsciemment sur les épaules dès l'enfance.
Je me souviens encore de ma première révélation des cheveux lisses. Je suis allée me couper les cheveux et me les lisser chez le coiffeur. Elle a utilisé le fameux Steampod, et à partir de ce jour, j'ai su que je voulais avoir les cheveux tout le temps lisses (c'est plus le cas je vous rassure, j'étais en 5ème lol). C'est pour ça que j'ai acheté un lisseur (#grosseerreur). En fait, la vraie révélation, cette fois, a surtout été en terminale, où j'ai commencé à assumer mes cheveux, à m'en occuper, à essayer de comprendre comment les coiffer et à trouver les bons produits (surtout essayer de récupérer mes boucles après que le lisseur en ait brûlé la moitié lol). Maintenant, je n'ai plus aucune gêne avec mes cheveux bouclés, même si, je vous avoue, parfois les cheveux lisses restent bien plus pratiques et moins longs à entretenir (j'ai hâte d'aller à l'océan juste pour retrouver mes boucles mdr vive l'eau salée).
Aujourd'hui, j'ai l'impression d'être polyvalente capillairement, si on peut dire ça mdr : quand je veux les cheveux lisses, je les ai, quand je veux les cheveux bouclés, je les ai aussi. Je peux changer de skin comme je veux, et ça, c'est plutôt cool ! Cette liberté de choisir, sans y être contrainte par la peur du jugement, est précisément ce que vise le mouvement Natural Hair. Il est né aux États-Unis dans les années 1970 en lien avec le Black Power Movement, puis a resurgi dans les années 2000 grâce à internet, ce mouvement est avant tout politique et identitaire. Comme l'explique l'anthropologue Ingrid Banks dans son livre Hair Matters, il s'agit d'un acte conscient de refus des normes eurocentrées et d'une réappropriation de son propre corps. Porter ses cheveux naturels, c'est affirmer que sa texture est valide, belle et digne d'exister sans modification forcée.
La réalité sociale et l'impact des réseaux 🕯️
D'ailleurs, je me suis posé la question : mon acceptation n'est-elle pas aussi due aux réseaux sociaux ? Il y a eu une vraie vague de tendance autour des cheveux bouclés, avec des filles qui assumaient de plus en plus leurs textures, partageaient leurs routines et leurs astuces. Comme la chercheuse Shanita E. Drumond a montré dans sa thèse, les communautés en ligne autour du #NaturalHair ont créé des espaces essentiels pour redéfinir les standards de beauté et renforcer l'estime de soi. La visibilité accrue des cheveux naturels dans les médias et sur les plateformes sociales peut donc être corrélée avec une hausse de l'estime de soi chez les femmes aux cheveux texturés. Donc je pense que la réponse à ma question est bien oui, je pense que ça a suivi.
Mais aujourd'hui, si j'ai un conseil à vous donner, c'est que les cheveux bouclés, ce n'est pas que des cheveux. Ce sont des origines, des racines, une histoire. On ne devrait jamais en avoir honte, quel que soit le type. Que l'on parle de cheveux ondulés, bouclés ou afro, tous ces types de cheveux texturés ont été classifiés par la société comme peu conventionnels, « pas assez clean ». Pourtant, comme le rappellent Ayana Byrd et Lori Tharps dans l'ouvrage Hair Story: Untangling the Roots of Black Hair in America, nos cheveux étaient sacrés dans les sociétés africaines précoloniales : ils indiquaient le statut social, l'appartenance tribale, l'âge et même la richesse. Cette signification profonde a été violemment effacée par l'esclavage et la colonisation, mais elle n'a jamais disparu. Se réapproprier ses cheveux, c'est aussi se reconnecter à cette mémoire.
Le nombre de femmes qui témoignent encore aujourd'hui du fait qu'au travail, il faut lisser ses cheveux est scandaleux. Selon l'étude CROWN 2019, 80 % des femmes noires déclarent avoir modifié leur coiffure pour s'adapter aux normes professionnelles, et elles sont 1,5 fois plus susceptibles d'être renvoyées à cause de leurs cheveux naturels. Autre exemple, pendant des décennies, l'industrie de la mode a imposé le cheveu lisse comme norme sur les podiums. Même des mannequins comme Adriana Lima, dont les cheveux sont naturellement bouclés, n'ont jamais pu les exposer lors des défilés Victoria's Secret. Ce n'est que récemment que les choses commencent à changer.
Le fait que de plus en plus de personnes mettent en valeur leurs cheveux bouclés, s'en occupent et les affichent fièrement sur les réseaux sociaux a un vrai impact positif sur notre manière de les assumer, de vouloir en prendre soin et de les aimer, tout simplement. Mais attention à ne pas réduire cette acceptation à une simple tendance passagère ou à un argument marketing. Même des campagnes bien intentionnées comme celle de Dove autour du CROWN Act ont été critiquées pour leur récupération commerciale d'une lutte antiraciste née au sein de la communauté noire. La vraie libération ne vient pas seulement de la mode, mais de la compréhension que nos cheveux sont un héritage, une résistance et une fierté qui survivront bien après que la tendance sera retombée.
Renouer 🌿
Et puis, il y a aussi mes propres racines. En tant que femme d'origine marocaine, mon rapport aux cheveux bouclés passe aussi dans les cultures méditerranéennes dont je suis issue. Les cheveux texturés ont aussi leur propre histoire, leurs propres codes, leurs propres rituels de soin transmis entre femmes. Accepter mes cheveux, c'est aussi renouer avec cette part-là de mon héritage, celle qui n'a pas besoin d'être validée par une tendance occidentale pour exister.
Alors assumez vos cheveux, et comprenez que c'est une fierté de les avoir tels qu'ils sont. Pas parce que c'est tendance, mais parce qu'ils sont vous.
Je me rappelle tellement de cette era quand tout le monde a commencé à avoir un steampod mdr
RépondreSupprimervraiment on se sait mdrrr
SupprimerTellement vrai! J'ai commencé à avoir des cheveux bouclés avec la puberté et je pensais qu'ils étaient juste "gonflés" du coup je les lissais constamment...
RépondreSupprimerje relate fort
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